1916-2016 : le secours aux blessés en héritage

Contexte

François-Xavier LONG

Dès les campagnes menées au 18e siècle, les besoins d’un Service de santé aux armées se font sentir pour maintenir les soldats en vie et les faire reprendre le combat plutôt que de recruter de jeunes soldats sans expérience. Ambroise Paré est l’exemple du chirurgien qui soigne aussi bien les nobles des quatre rois qu’il suit dans les campagnes que les simples soldats jusque-là « laissés au bord des fossés ».

Déjà, depuis la bataille de Fontenoy (1747), des postes de secours et des ambulances sont organisés au plus près des combats, préfigurant la chaîne des évacuations sanitaires. L’édit du 17 janvier 1708 concrétise cette volonté par la création du corps des officiers de santé aux armées. Napoléon laisse à D. Larrey et P. F. Percy le soin d’organiser la prise en charge des blessés sur les champs de bataille de l’Empire. Le premier développant ses «ambulances volantes» au milieu des combats, prémices de nos SAMU actuels, le second organisant les soins conservateurs et l’évacuation des blessés à l’arrière des troupes.

Un siècle plus tard, après des essais partiels (Solferino, guerres de 1870, russo-japonaise et des Balkans), après le désastre sanitaire des premiers mois de la Grande Guerre, le Service de santé aux armées (alors composé majoritairement de personnels civils mobilisés), connaît une adaptation remarquable aux évolutions du conflit faisant entrer la médecine dans son ère moderne. Cette évolution résulte non seulement de l’organisation et du fonctionnement du service, sous la direction de Justin Godart puis Louis Mourier mais surtout dans la prise en charge et le traitement des blessés de manière continue depuis le front jusqu’aux hôpitaux de l’Arrière. L’organisation par Mignon du Service de santé à Verdun, il est vrai sur un front particulièrement stabilisé, en constitue un bel exemple.

François-Xavier LONG

Chirurgien maxillo-facial-ORL. Maire de Louvemont-Côte-du-Poivre, Village détruit.

 

 
 
Éditorial

Jean-Pierre AMAT

Verdun Terre de Santé.
Nous avons osé ce titre et son apparent paradoxe pour ces deux journées d’étude et de découverte. Dans notre mémoire collective, Verdun n’est-il pas d’abord une terre de mort, un territoire à jamais marqué par des milliers de jeunes soldats qui n’en sont pas revenus ? Pourtant, la bataille de Verdun de 1916, dans toute son horreur, fut l’origine d’un immense progrès : elle permit de conforter la profonde réforme doctrinale de la prise en charge des blessés entreprise depuis le début de 1915 et de la réorganisation fonctionnelle de la chaîne d’évacuation sanitaire, point de départ vers son organisation moderne après les différentes adaptations apportées par les conflits ultérieurs.

Ce que le grand public ignore également, c’est que le domaine civil fut l’héritier de ces concepts et de cette dynamique. Les journées Verdun Terre de Santé ont pour objet de mieux faire connaître cette histoire. Elles analysent l’évolution du système de soins (structures, acteurs, processus, flux) et sa territorialisation dans les zones des Armées et de l’Intérieur ; elles en explorent les retombées et les applications scientifiques et organisationnelles dans le domaine civil.

Ces journées s’adressent à de nombreux publics ; leur contenu pédagogique vise les jeunes générations, dont les élèves des écoles des services de santé, mobilisent les réseaux des acteurs de la santé, militaires (Service de santé des armées…) et civiles (Agences régionales de santé, SAMU, SDIS), des universités (facultés de médecine, Montpellier, Paris, Nancy, facultés de sciences humaines et sociales…), d’associations (Association pour le souvenir des morts du Service de santé, organisatrice des journées, Fondation des Gueules Cassées, Association des amis du Musée du Service de santé des armées au Val-de-Grâce, Société des amis du musée de l’armée…).

Les journées permettront de recréer, dans le cadre large des manifestations du Centenaire de la Grande Guerre, un parcours du blessé sur le champ de bataille. Un parcours où les participants suivront l’itinéraire d’un blessé : selon le type et la gravité de la blessure, l’itinéraire allait de la relève (exemple des postes de secours du bois des Caures et village détruit de Louvemont) au triage médico-chirurgical (exemple de l’abri des 4 Cheminées) et à l’évacuation vers l’arrière.

L’originalité de ces journées Verdun Terre de Santé est donc bien la combinaison entre l’évocation historique et l’analyse des processus les plus actuels. Elles sont un pont qui enjambe un siècle de prise en charge des blessés, militaires et civils. Une contribution majeure de l’Histoire à la modernité de nos méthodes et aux questions aujourd’hui posées autour de notre système de santé.

Jean-Paul AMAT

Professeur émérite de l’Université Paris-Sorbonne,
Président de la société des amis du musée de l’armée

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